Philosophes lyonnais

Voici quelques articles dédiés à des philosophes lyonnais.
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- Sébastien Gryphe, un passeur de connaissance
- Barthélémy Aneau et "l'école de Lyon"


Sébastien Gryphe, un passeur de connaissance

Lyon, durant la Renaissance, fut une capitale florissante des arts et du commerce.

Plusieurs éditeurs et imprimeurs s’y installèrent pour ressusciter une pensée endormie par des siècles d’obscurantisme religieux. Parmi eux, il en est un qui par son travail et sa renommée devint le “Prince des libraires lyonnais”.

Sébastien Gryphe, dont le nom est resté gravé dans la mémoire des cercles d’éditeurs, avait pour ambition de chercher et partager les connaissances antiques oubliées. Très apprécié de ses contemporains qui louaient sa grande culture et son travail d’imprimerie, Sébastien Gryphe, allemand d’origine, fut formé par son père puis dans les ateliers de Venise. A l’âge de 31 ans, il arriva à Lyon et publia les oeuvres des grands humanistes de l’époque : Erasme, Etienne Dolet, André Alciat, Rabelais, Maurice Scève ainsi que des penseurs antiques, que les bourgeois s’arrachaient comme des petits pains.

En 1528, il introduisit pour la première fois dans les cases typographiques, les caractères italiques créés au début du siècle par Aldo Manuzio.

Depuis, Sébastien Gryphe est reconnu internationalement comme le principal représentant des “passeurs de connaissances” de l’humanisme.


Barthélémy Aneau et "l'école de Lyon"

L’homme qui en réalité tenait la première place dans le collège de la Trinité (ancien nom du Lycée Ampère actuel) était un simple professeur, Barthélémy Aneau ! plus connu sous son nom latin à d’Anulus, qui enseignait la rhétorique depuis 1533 et qui ne devint principal qu’en 1540 pour peu de temps et définitivement en 1553.

Le collège de la Trinité est le premier collège mixte de France. La poétesse Louise Labé y étudie, ainsi que Pernette du Guillet. Cette expérience d'avant-garde permet à des roturiers d'accéder à l'enseignement. Avec leur mentor, Maurice Scève, Louise Labé, fille de cordier, Pernette et d'autres, constituent ce qu'on appelle "l'école de Lyon", fameuse association de poètes humanistes.

Natif de Bourges, Barthélémy Aneau avait étudié sous le luthérien Melchior Wolmar et avait été sans doute condisciple d’Amyot, de Calvin et de Th. de Bèze.

Au collège de la Trinité à Lyon, il débute comme professeur de rhétorique en 1533. Il défend un programme d’éducation en accordant au français une place primordiale alors que la langue étudiée était le latin. Les plus jeunes du Collège apprenaient à lire dans des livres rédigés en français. Ensuite, ils apprenaient le grec et le latin.

Barthélémy Aneau trouve un jour chez son ami l’imprimeur Mathias Bonhomme une suite de petites gravures destinées à illustrer des emblèmes perdus : il en devine le sens et en refait le texte en latin : c’est la Picta poesis. Il acheva la traduction en vers français des Métamorphoses d’Ovide et ne craignît pas, à la suite des trois premiers livres, qui sont de Mavot, d’en publier un quatrième, qui est de lui.

Il traduisit également en vers français, les Emblèmes d’André Alciat en 1549 très connu à l’époque. Chaque « emblème » se compose généralement de trois éléments :
- Un titre assez bref, souvent difficile à déchiffrer, presque toujours en latin, qui constitue l'« âme » de l’emblème.
- Une image symbolique en général une gravure sur bois ou sur métal, qui forme le « corps » de l’emblème.
- Un texte explicatif qui élucide le sens caché de l’image et de la devise. Dans une première partie l’auteur décrit l’image, dans la seconde il en donne la leçon morale.

M. Demogeol, dans sa piquante notice sur le collège de la Trinité, a fait d’Aneau un portrait savoureux: « A une connaissance profonde des lettres grecques et latines, il joignait une élocution facile, un abord gracieux. Il faisait des vers latins durs en accord, mais ingénieux, des vers français où l’esprit manquait moins que le naturel. Arrivait-il en ville un accident, Aneau le racontait; un prince, Aneau le haranguait; une sottise, Aneau s’en moquait; une fête, il en réglait les préparatifs. Il élevait dans son collège un théâtre où les mères venaient pleurer de tendresse aux vers du principal récités par leurs enfants, où les Lyonnais venaient applaudir au jugement de Dame Vérité qui, dans la comparaison de Paris, Rohan, Lyon, Orléans, donnait naturellement la palme à Lyon marchant. »

Cet homme, qui avait passé pendant trente ans pour un esprit « orné, mais léger », devait périr d’une façon tragique : il fut massacré en 1561 dans une émeute où le peuple se dirigea ou fut dirigé sur le collège, qu’à tort ou à raison on signalait comme le foyer de la Réforme : les Jésuites se préparaient à y faire rentrer la sainte doctrine. Le collège fût alors confié aux Jésuites à partir de 1565.

En 1888, le collège de la Trinité devient lycée Ampère, en l'honneur du physicien André-Marie Ampère.